Se lancer comme chef d’entreprise à 16 ans, c’est possible

L’interdit n’a jamais autant fasciné que lorsqu’il se glisse dans les failles du système. En France, démarrer son entreprise à 16 ans n’est pas réservé à une élite ni à une poignée de génies précoces : c’est une démarche concrète, à la portée de ceux qui osent s’affranchir du parcours balisé.

Comment créer votre entreprise ?

L’image du patron enseveli sous la paperasse ne colle plus à la jeunesse d’aujourd’hui. Près de 70% des 18-30 ans pensent à franchir le pas. Déjà en 2007, ils étaient des milliers à tracer leur propre route, détruisant les clichés sur l’accès à la création d’entreprise. Avec un projet bien construit et un accompagnement fiable, le risque réel reste loin des scénarios catastrophes. Un échec ne laisse pas une cicatrice indélébile : il s’inscrit comme une expérience précieuse sur un CV. L’envie de tenter, de mettre la main à la pâte, voilà un signal fort que les recruteurs apprécient tout autant. Si la décision n’est pas évidente à prendre, quelques repères facilitent le passage à l’acte.

Comment trouver la bonne idée ?

Pour donner vie à une idée crédible, différents organismes proposent des ateliers de créativité. Les boutiques de gestion, par exemple, aident à accoucher d’un projet solide, même s’il part d’une passion comme le modélisme. Philippe Feyeux, à la tête d’une école de management, observe que la plupart portent leur idée depuis longtemps, mais qu’un tiers la découvre au hasard d’un stage ou d’une rencontre. Dialoguer avec ceux qui l’ont fait, cumuler les expériences variées, tout cela multiplie les chances de trouver la bonne direction. Des réseaux d’accompagnement aident à clarifier le concept selon plusieurs critères très concrets : envie de travailler seul ou en collectif, domaine visé… S’ouvrir à l’existant reste une valeur sûre : il suffit d’observer le succès des cafés-librairies, qui gagnent du terrain partout.

Comment développer l’attitude « patron » ?

Ne pas avoir vingt ans de carrière n’empêche pas d’avancer. Ce qui compte, c’est de doser l’enthousiasme avec de vraies compétences. Pour Michel Coster, enseignant, il faut apprendre à avancer seul, s’entraîner à l’autonomie, explorer avec curiosité, apprendre à lire ce qui bouge dans la société. Les entrepreneurs aguerris repèrent les besoins qui émergent, osent proposer et savent entraîner leur entourage. La prise de décision, le goût du défi face à l’incertitude, la volonté de rebondir font la différence ; ces aptitudes s’exercent tôt, dès le lycée, puis continuent d’évoluer à l’université ou en formation continue.

Se préparer avant de créer

Dès le bac obtenu, certaines écoles de commerce et d’ingénieurs, ou quelques universités, intègrent des modules consacrés à l’entrepreneuriat. Mais certains établissements poussent bien plus loin et suivent les étudiants jusqu’à la concrétisation de leur projet. Les incubateurs fournissent un terrain d’expérimentation concret : on y rencontre des pros, on affine l’idée, on teste son envie et on apprend à structurer son aventure. À l’Ifag, par exemple, certains étudiants vont jusqu’à enregistrer leur société, et une petite partie passe du projet à la création réelle. Dans ces cursus, on progresse sur la gestion du budget, le pilotage d’équipe, la maîtrise émotionnelle… Mais rien d’obligé : la formation du soir ou l’accompagnement en réseau ouvrent aussi toutes les portes.

Se constituer un réseau

Premier réflexe d’un entrepreneur en herbe : ne pas rester dans sa bulle. Partager l’idée autour de soi, solliciter l’avis de proches, croiser des enseignants, contacter des professionnels et s’adosser à des réseaux d’accompagnement. Ces échanges aident à préciser le projet et à gagner en force de persuasion. Pour Valérie Ballereau, responsable entrepreneuriat dans une grande école, ce réseau permet parfois de décrocher un local, un contact fournisseur ou un premier client. Michel Coster insiste sur ce point : une solide toile relationnelle multiplie les chances d’aller jusqu’au bout.

Garder la tête froide

Se lancer à son compte, c’est prendre acte d’une réalité : plus d’un tiers des jeunes structures mettent la clé sous la porte avant cinq ans. Mais ceux qui préparent leur dossier avec sérieux, se font accompagner et planifient leur démarche augmentent nettement leurs chances. La majorité des échecs vient de projets montés trop vite, sans étude préalable ou gestion minutieuse de la trésorerie. Au départ, il faut s’attendre à travailler fort, sacrifier loisirs et confort matériel. Même ceux qui trouvent un poste salarié connaissent des débuts difficiles ; à la différence que l’entrepreneur puise son énergie dans la conviction et l’envie de porter quelque chose à bout de bras, quitte à ignorer les obstacles sur la route.

Se préparer dès le lycée

Pour anticiper chaque étape, plusieurs leviers méritent d’être activés le plus tôt possible :

  • Développer ses compétences numériques : bien utiliser Excel ou PowerPoint, naviguer efficacement en ligne, apprendre à créer un site internet. Autant d’outils qui simplifient la gestion dès les premiers pas.
  • S’investir dans l’apprentissage des langues. L’anglais bien sûr, mais aussi d’autres langues si possible. C’est un tremplin non négligeable, surtout pour viser l’export ou travailler dans des secteurs tournés vers l’international.
  • Se familiariser avec le maniement des chiffres, aiguiser ses talents d’orateur et d’argumentation, apprendre à structurer sa pensée : autant d’atouts pour convaincre partenaires, clients ou investisseurs.
  • Multiplier les passerelles entre matières scolaires, relier l’actualité au contenu des cours : cette gymnastique affine la capacité d’analyse globale, ce qui s’avère précieux quand on pilote un projet.
  • S’intéresser au fonctionnement des entreprises par tous les moyens : poser des questions à son entourage, chercher à comprendre les rouages d’une société lors d’un stage ou d’un petit boulot, explorer différents milieux (commerce, industrie, restauration…). Cette curiosité permet de cerner ses envies et de comprendre à quoi on aspire vraiment.
  • Participer à des ateliers ou jeux grandeur nature proposés par les établissements : actions comme « Entreprendre au lycée », « Entrepreneuriat pour l’apprentissage », ou « Envie d’Agir » offrent une première immersion concrète.
  • Apprendre à encaisser les revers : qu’il s’agisse d’un devoir raté ou d’une déception, savoir rebondir et composer avec le regard extérieur, autant de défis qui forgent le mental d’un futur entrepreneur.

Les conseils de Soumia Chekkal, lauréate Advancia 24h00

Vingt-quatre heures chrono pour monter une entreprise : c’est la réalité d’un concours qui rassemble des étudiants venus de toute la France. Trouver l’idée, structurer le plan, établir la stratégie et chiffrer les besoins… chaque détail compte. Lauréate de l’édition 2010, Soumia Chekkal partage ce que cette expérience lui a appris et ce qu’elle recommanderait à ceux tentés par l’aventure.

Pour aller plus loin : www.advancia.fr

Le point de vue d’Aïni Hannachi, Observatoire des pratiques éducatives entrepreneuriales

À l’Observatoire des pratiques éducatives entrepreneuriales, Aïni Hannachi accompagne les jeunes qui se lancent. Forte de son expérience au sein de l’APCE et en tant que membre du jury Advancia, elle propose sa propre lecture et des conseils à celles et ceux décidés à bâtir leur projet.

www.apce.com

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