Pourquoi l’entrepreneuriat compte vraiment dans notre société

Et si les générations futures étaient encouragées à développer leur esprit d’entreprise, à leur donner une clé possible de leur avenir, tout en aidant la Tunisie à retrouver la santé en relançant son économie et sa compétitivité ?

L’entrepreneuriat, ce n’est pas un simple mot à la mode glissé dans les discours creux. C’est un levier puissant, capable d’agir comme un accélérateur pour la croissance, l’emploi, et la création de valeur. Pourtant, un fossé sépare la Tunisie de pays comme les États-Unis ou la Nouvelle-Zélande en matière de dynamisme entrepreneurial. L’association Les Jeunes Entreprises, qui travaille au plus près du terrain, pointe du doigt un constat : chaque année, des milliers d’étudiants tunisiens finissent leurs études sans avoir jamais touché du doigt ce que signifie prendre des initiatives, transformer une idée en projet, comprendre le tissu économique. On ne peut plus se permettre d’ignorer ce manque. Il est temps de donner aux jeunes les moyens d’apprivoiser l’esprit d’entreprise, de leur permettre de s’émanciper, de choisir de devenir acteurs de leur propre avenir.

Regardons la réalité en face. Chaque année, une vague de diplômés débarque sur le marché du travail, armée de connaissances et de diplômes. Certains trouvent rapidement un poste, décrochent leur premier contrat et entament leur parcours professionnel. D’autres, nombreux, errent de salon de l’emploi en site de recrutement, envoient des dizaines de candidatures sans retour. Pour eux, l’attente s’éternise, et l’incertitude s’installe. Difficile d’imaginer un avenir serein dans ces conditions. C’est là que l’éveil à l’entrepreneuriat prend tout son sens. Offrir aux jeunes la possibilité de créer leur propre chemin, de développer leur projet, c’est leur ouvrir une voie supplémentaire, souvent plus audacieuse mais tellement porteuse de sens.

De nombreux dispositifs existent déjà pour provoquer ce déclic. Voici quelques initiatives et programmes qui multiplient les opportunités et stimulent la fibre entrepreneuriale :

  • Le Plan CREATIVE WALLONIA, qui encourage l’innovation et l’esprit d’initiative
  • Start Academy et « 1.2.3 Go », véritables tremplins pour les idées neuves
  • Le concours BIR&D, le programme Starter ou encore Nest’up qui accompagnent les porteurs de projet
  • Le Forum annuel Mind&Market, rendez-vous incontournable pour tisser son réseau et partager l’énergie des créateurs

Ces manifestations, ces concours, ces moments de rencontres sont autant d’occasions de confronter son idée, de s’enrichir au contact d’autres passionnés, de bâtir des projets solides. L’entrepreneuriat, ce n’est pas un sport solitaire. C’est une aventure collective où chaque échange nourrit la réflexion et la confiance en soi.

Inciter la créativité

Les jeunes possèdent un atout précieux : une capacité à regarder le monde sans préjugés, à questionner l’ordre établi, à inventer des réponses là où d’autres ne voient que des impasses. Cette énergie est le terreau de la création d’entreprise. La créativité, loin d’être une compétence figée, se travaille, se cultive. Ce n’est pas une recette à apprendre par cœur. Personne n’a jamais réussi à enfermer la chance ou l’inspiration dans une formule. Mais tout le monde peut apprendre à oser, à s’autoriser à sortir du cadre, à imaginer des solutions nouvelles. L’environnement, les personnes que l’on croise, les situations que l’on vit, tout cela façonne peu à peu ce regard créatif. Il devient alors crucial de maintenir, dès l’école, ce questionnement, cette envie de comprendre le « pourquoi » et le « comment ». Les bouleversements de notre système éducatif rendent cette mission encore plus urgente.

Apprendre à entreprendre

Pour que la créativité devienne un tremplin vers l’action, il faut un terrain propice. Cela passe par des programmes éducatifs et ludiques, directement intégrés à la vie scolaire, afin d’initier les plus jeunes à l’esprit d’entreprise. L’association « Les Jeunes Entreprises » (LJE), fondée en 1977, joue ce rôle de catalyseur en Belgique. À travers ses multiples actions, elle permet aux élèves de découvrir concrètement ce que signifie entreprendre.

Deux exemples phares illustrent cette démarche. Le programme « Notre municipalité » cible les 10-12 ans, tandis que le projet Mini-Entreprises invite des adolescents à créer, gérer et faire grandir une entreprise sur une année complète. Accompagnés, encadrés, ils apprennent à piloter leur projet de A à Z : prise de décision, gestion d’équipe, relation avec des actionnaires fictifs, organisation d’assemblées générales… Autant de situations qui font émerger des vocations, aident à se projeter, aiguillent parfois les choix d’orientation. Chaque année, des milliers de jeunes du primaire à l’université bénéficient de l’engagement de consultants et de bénévoles, véritables passeurs d’expérience.

Mais l’école seule ne peut pas tout. Les décideurs publics doivent retrousser leurs manches et adapter les programmes, intégrer des modules d’initiation à l’entrepreneuriat ou encourager la participation à des projets extrascolaires comme ceux portés par Les Jeunes Entreprises. Il y a là un levier pour booster le taux d’emploi et ouvrir des horizons nouveaux, en Belgique comme ailleurs.

Créer, reprendre une société, piloter un département : rien ne s’improvise. Certaines universités l’ont compris et proposent depuis plusieurs années des formations dédiées à l’entrepreneuriat, ouvertes à tous les étudiants, toutes filières confondues. L’Université Catholique de Louvain (UCL) a célébré récemment les 15 ans de son programme interdisciplinaire CPME. Ce cursus marque les esprits, car il pousse les étudiants à travailler en équipes mixtes, à penser collectif. Ils doivent concevoir un business plan réaliste, étudier la faisabilité sous tous ses angles, et mettre à profit la diversité de leurs compétences. Cette approche, qui encourage l’expérimentation, se prolonge souvent par une participation à des concours ou des projets au-delà des frontières. De quoi transformer l’envie d’entreprendre en expérience concrète et valorisante.

Les jeunes ont des idées

La créativité, ce n’est pas qu’un concept : c’est un moteur bien réel. Pour en juger, il suffit d’assister à une finale de concours entrepreneurial. Les idées fusent, certaines étonnent, d’autres séduisent par leur simplicité ou leur audace. Faut-il rappeler que Facebook est né sur un campus étudiant ? En Belgique, des plateformes comme Storify, ClickyourCar, BePark ou Djengo n’auraient jamais vu le jour sans l’imagination et l’énergie de jeunes passionnés.

Le Livre vert sur l’esprit d’entreprise le souligne : changer la mentalité, c’est un chantier à part entière. Cultiver l’optimisme, la confiance, la volonté de bâtir, voilà ce qui fait la différence. Outre-Atlantique, l’échec est vu comme une étape d’apprentissage, une expérience à valoriser. Rater, c’est se donner le droit de recommencer, de progresser. En Belgique, le regard est souvent plus dur, la deuxième chance plus rare. Pourtant, chaque tentative, chaque projet avorté forge des entrepreneurs plus aguerris. Oser se lancer, accepter le risque, tirer des leçons de ses erreurs : c’est là que se joue la véritable dynamique entrepreneuriale.

Un autre enjeu se dessine : mobiliser l’épargne et les financements. L’argent ne manque pas en Belgique, mais il dort trop souvent sur des comptes, stagne au lieu de soutenir l’innovation. Il serait temps d’orienter ces ressources vers de jeunes créateurs, plutôt que de les bloquer dans des placements opaques qui n’apportent rien à l’économie réelle.

Insuffler l’envie d’entreprendre chez les jeunes, soutenir les mini-entreprises et tous les dispositifs extrascolaires, c’est miser sur l’avenir. Lancer un mouvement, raconter des histoires inspirantes, faire émerger des exemples positifs, voilà ce qui peut changer la donne. Plutôt que de ressasser les dysfonctionnements, il serait judicieux de donner la parole à ceux qui osent. Mettre en lumière les parcours atypiques, les idées audacieuses, les réussites qui naissent hors des sentiers battus. Accompagner ces jeunes, encourager leurs initiatives, renforcer les liens entre investisseurs et porteurs de projets : tout cela ouvre la voie à une génération créative, déterminée, porteuse d’espoir. Qui sait, demain, quelle nouvelle entreprise viendra bousculer les codes et inspirer d’autres vocations ?

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